Be the change…

Quand des profs de yoga se prennent en toute humilité pour Gandhi ou Martin Luther King parce qu’ils donnent des cours de yoga en scrède dans leur salon pendant le confinement, ça me rend chèvre.

Le Président a parlé. La sentence est tombée mardi soir ; les cours collectifs de yoga ne devraient pas reprendre avant le 20 janvier. En même temps, bien que ça ne m’arrange pas du tout, je suis étonnée de constater que ça semble surprendre, voire insurger la sphère yogi.

Au milieu d’une pandémie mondiale, et bien que la pratique du yoga nous invite à décentrer notre regard de notre petit nombril (#détachement) , la sphère yogi semble tout de même penser que l’urgence, ici et maintenant en France, c’est de rouvrir le plus vite possible les salles de cours de yoga. Vous savez, ces lieux clos dans lesquels on pratique le mouvement associé au souffle sans porter de masque.

Soit… mais si seulement il était assumé que cette urgence était surtout la nôtre, nous professeurs de yoga, ou gérant.e.s de studio, pour payer nos loyers, nos charges,  garder un sens dans l’exercice de notre magnifique métier qu’on a pas choisi pour être sur Zoom toute la journée… Mais non, grands dieux non, nous ne sommes ni matérialistes, ni égocentrés ! Si c’est une urgence, c’est parce que nous sommes des bienfaiteurs de l’humanité, le MONDE A BESOIN DE NOUS, il nous tient à coeur de reprendre en présentiel et en collectif pour VOTRE BIEN A TOU.TE.S mais surtout pour … SAUVER LE YOGA. Amen.

(Spoiler : le yoga existe depuis des milliers d’années, a connu des périodes de persécution, il est enseigné en studio depuis moins d’un siècle… soyez rassurés, le yoga nous survivra !!!)

Je ne vous le cache pas : c’est la merde.

Je vous le redis ; ça m’emmerde autant que vous, pour dire les choses comme elles sont. Politiquement, c’est inquiétant, et financièrement, en ce moment, c’est compliqué. Nos statuts sont précaires, nous ne touchons pas de chômage partiel, en temps normal la plupart d’entre nous sont déjà sur le fil du rasoir, alors là, en ce moment, c’est carrément dur. Beaucoup de gérant.e.s de salle sont des particuliers passionnés mais sans forcément beaucoup de moyens, les loyers à payer continuent de s’accumuler alors que les salles restent vides, et bon nombre d’entre eux commencent malheureusement à mettre la clé sous la porte.

Par ailleurs, au-delà de la question financière, moi aussi, je rêve du temps où nous pouvions transpirer joyeusement ensemble dans une même pièce, pratiquer, chanter, respirer, voire même, transgression ultime aujourd’hui : nous TOUCHER.  Et enfin, moi aussi, j’aurais préféré qu’on nous épargne une solution médiévale comme le confinement, ce qui aurait peut-être été possible si on n’avait pas méthodiquement démantelé notre service public de santé (entre autres) depuis des décennies. Bref, je ne dis pas que ces revendications sont illégitimes, que la souffrance n’est pas grande, et qu’il ne faut pas défendre courageusement sa profession et ses intérêts.

Néanmoins, et malheureusement, puisqu’en yoga nous essayons de partir de la situation telle qu’elle est ici et maintenant, avec notre système de santé dans l’état dans lequel il est, j’avoue comprendre que la pratique collective du yoga en salle, bien qu’elle soit pleine de bienfaits, bien que ça soit une part belle de mon métier, bien que financièrement ça soit compliqué, bien que je souhaite de tout cœur que ces espaces réouvrent et que nous puissions nous y retrouver joyeusement, ne soit malheureusement pas à l’ordre du jour en ce moment.

Mais bon jusque là, c’est mon avis, vous avez le vôtre, chacun ses priorités et sa sensibilité, et après tout mettons nous d’accord pour ne pas l’être, et tout ira bien.

Là où j’ai pété les plombs

Mais le truc qui m’a fait sortir de mes gonds (cf. futur article : « vous avez le droit de faire du yoga et d’être en colère » ) c’est de voir ça (cf image du drame ci-dessous) sur un groupe de professeurs de yoga sur Facebook, à propos du fait de donner des cours de yoga particuliers clandestins.

Objet du drame.
Gandhi parlait il de donner des cours de yoga dans son salon ? Je ne crois pas.

Alors là, Gandhi, Martin Luther King et tous les autres militant.e.s désobéissant.e.s doivent se retourner dans leur tombe (oui, je sais, Gandhi n’est pas enterré).

Il y a des personnes qui ont littéralement donné leur vie pour des combats d’émancipation collective, pour l’indépendance d’un pays, la fin de la ségrégation, l’accès aux droits civiques, le droit à l’avortement, l’arrêt de politiques climaticides. Bon nombre d’entre eux / elles ont fait de la prison, des grèves de la faim, sillonné des pays entiers ; iels ont battu le pavé, occupé des bâtiments et des lieux symboliques,  bref, iels ont dédié leur vie entière à des combats qui dépassaient leur intérêt personnel, la défense de leur pré carré, pour renverser des systèmes d’oppression et de domination.

Et aujourd’hui, sans sourciller, Jean Vishnu et Laksmi Jacqueline (on en parle d’ailleurs ?) se réclament de l’héritage de la désobéissance civile et s’approprient les mots de Gandhi, sous prétexte qu’ils continuent à donner en catimini 3 cours de yoga pendant le confinement. Mais rappelez vous hein, ce n’est pas pour eux qu’ils le font, non, ce n’est pas pour maintenir leur entreprise à flot (ce qui est par ailleurs encore une fois tout à fait légitime et compréhensible), c’est évidemment pour le bien des autres, et pour « élever le niveau de vibrations » (véridique).

Que les gens contournent la loi, s’arrangent individuellement avec elle en ce moment, je m’en contrefous ; je ne suis ni juge, ni flic. Que la situation actuelle soit extrêmement difficile et intenable, économiquement et politiquement, c’est incontestable.

En revanche, s’il vous plait, soyons honnêtes avec nous-mêmes : assumons, lorsqu’on s’arrange avec la loi dans son coin, qu’on le fait pour notre intérêt personnel, plutôt que venir se réclamer de façon grotesque et grandiloquente d’héritages politiques qu’on ne mérite pas.  Si personne ne vous voit, ça ne s’appelle pas de la désobéissance civile. Si vous ne le revendiquez pas auprès des autorités pour servir un changement collectif, ça ne s’appelle pas de la désobéissance civile.

Réclamez vous de la désobéissance civile et de Gandhi le jour où vous répondrez réellement à ces critères : une action COLLECTIVE non violente, concertée, consciente et intentionnelle, symbolique et revendiquée PUBLIQUEMENT, menée selon des principes supérieurs (ex : droit des peuples à disposer d’eux mêmes ; égalité des hommes devant la loi ; droit des femmes à disposer de leur corps ; liberté de circuler librement ; etc.), avec l’objectif de modifier la norme ou la règle contestée.

Donc NON, Marie Jacqueline (ma grand-mère s’appelle Jacqueline, no offense), accueillir 3 collègues en scrède dans ton salon, toute seule dans ton coin, que ça soit pour faire la bamboche ou du yoga pendant le confinement, ça a beau te faire frissonner de te dire que tu es une résistante à l’oppression, ce n’est pas de la désobéissance civile.

Donc comme dirait Jeanne, rendons à César ce qui est à Jésus (à moins que ça soit le contraire) ?

5 commentaires sur « Be the change… »

  1. J’adore cet article et ce coup de gueule que je partage allègrement, mais alors je SURKIFFE d’autant plus quand je lis en plus qu’on y mentionne mon expression favorite de cette fin d’année « faire la bamboche »
    Je ne m’arrête plus de rire et à défaut de pouvoir retourner dans mes studios préférés ça fait déjà beaucoup de bien 😉
    Bravo !

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  2. Effectivement, confusion mentale et confusion verbale vont de pair, l’éveil peut ne rester qu’un élément de langage ou devenir cette lumière éclairant notre être profond le plus intime, svadyaya, ainsi que notre être au monde dans nos interactions sociales et la sincérité que nous y mettons, sauca. Élément décoratif de l’ego ou brûlure du réel, ce n’est pas la même lumière.
    Merci pour vos coups de gueule d’une sincérité exemplaire
    Jean

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