{"id":470,"date":"2021-01-12T14:01:45","date_gmt":"2021-01-12T13:01:45","guid":{"rendered":"https:\/\/cittavritti.fr\/?p=470"},"modified":"2021-01-13T13:50:28","modified_gmt":"2021-01-13T12:50:28","slug":"corps-du-monde-monde-du-corps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/corps-du-monde-monde-du-corps\/","title":{"rendered":"Corps du monde, monde du corps"},"content":{"rendered":"\n<h6 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\">Le corps comme un espace m\u00e9diateur vers la connaissance du Soi dans les Upanishad <\/h6>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Au milieu du I<sup>er <\/sup>mill\u00e9naire avant JC, un vent de renouveau souffle sur l\u2019interpr\u00e9tation du Veda.&nbsp; Prenant de la distance avec une lecture devenue excessivement ritualiste de la r\u00e9v\u00e9lation v\u00e9dique, des penseurs reviennent aux textes pour leur donner un sens in\u00e9dit, tout en leur restant fid\u00e8les. Ces nouvelles lectures du Veda vont \u00eatre m\u00e9moris\u00e9es et consign\u00e9es dans les Upanishad, corpus de textes produits principalement entre le 8e et le 3e si\u00e8cle avant JC.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Le terme \u00ab Upanishad \u00bb peut-\u00eatre traduit de deux fa\u00e7ons, et ces deux sens \u00e9clairent le retournement qu\u2019elles \u00e9tablissent. La premi\u00e8re traduction signifie \u00ab<em> s\u2019asseoir aupr\u00e8s de <\/em>\u00bb, et d\u00e9signe ici le mode de transmission des enseignements inaugur\u00e9 par les Upanishad, qui se fait de ma\u00eetre \u00e0 disciple. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"482\" data-permalink=\"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/jaimuni-questions-markandeya-garwhal-c-1785-17-8x24-7cm\/\" data-orig-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/jaimuni-questions-markandeya-garwhal-c-1785-17.8x24.7cm.jpg\" data-orig-size=\"400,306\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"jaimuni-questions-markandeya-garwhal-c-1785-17.8&amp;#215;24.7cm\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/jaimuni-questions-markandeya-garwhal-c-1785-17.8x24.7cm.jpg\" data-large-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/jaimuni-questions-markandeya-garwhal-c-1785-17.8x24.7cm.jpg\" src=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/jaimuni-questions-markandeya-garwhal-c-1785-17.8x24.7cm.jpg?w=400\" alt=\"\" class=\"wp-image-482\" width=\"511\" height=\"391\" \/><figcaption>Jaimuni questionne Markandeya, Garwhal, 1785<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La&nbsp; deuxi\u00e8me, plus abstraite, signifie \u00ab <em>correspondance <\/em>\u00bb, ou l\u2019acte de \u00ab <em>mettre \u00e0 proximit\u00e9, en contigu\u00eft\u00e9<\/em> \u00bb. Cette traduction met en relief une deuxi\u00e8me innovation des Upanishad, celle d\u2019un travail de mise en relation, de mise en continuit\u00e9 entre des r\u00e9alit\u00e9s, et notamment entre le monde cosmique et le monde humain. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Ainsi les textes sacr\u00e9s seront relus du point de vue de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019homme, et le divin sera d\u00e9sormais \u00e0 rechercher \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi. En effet, l\u2019un des principaux enseignements des Upanishad sera de d\u00e9voiler que pour chaque \u00eatre il existe une&nbsp; dimension qui est de m\u00eame nature que l\u2019Absolu (\u00ab <em>Brahman <\/em>\u00bb), et qui s\u2019appelle l\u2019<em>Atman<\/em>, dessinant ainsi une nouvelle voie de lib\u00e9ration pour les \u00eatres par la connaissance, comprise non comme une accumulation de savoir mais comme une compr\u00e9hension intuitive de cette non-dualit\u00e9 entre <em>Brahman <\/em>et <em>Atman<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ainsi les textes sacr\u00e9s seront relus du point de vue de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019homme, et le divin sera d\u00e9sormais \u00e0 rechercher \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous int\u00e9resserons ici au r\u00f4le donn\u00e9 au corps de l\u2019homme, qui pourrait para\u00eetre de prime abord exclus ou d\u00e9valoris\u00e9 dans cette voie de lib\u00e9ration par la connaissance trac\u00e9e par les Upanishad. Pourtant, le corps va jouer un r\u00f4le pivot dans cette mise en correspondance entre <em>Brahman <\/em>et <em>Atman<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Nous verrons ainsi dans un premier temps comment dans le Veda, le mythe de la cr\u00e9ation permet de tisser une origine commune entre corps cosmique et corps de l\u2019homme, et la relation qui s\u2019\u00e9tablira alors entre les deux, via le rite sacrificiel. Puis nous nous pencherons ensuite sur la lecture m\u00e9taphorique des Upanishad qui mettra en r\u00e9sonance corps de l\u2019homme et cosmos, dessinant ainsi une nouvelle approche du corps comme si\u00e8ge de et m\u00e9diateur vers l\u2019<em>Atman<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Purusha, le corps originel<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Le r\u00e9cit mythique de la cr\u00e9ation du monde selon le Veda a pour point de d\u00e9part l\u2019auto-sacrifice d\u2019un g\u00e9ant primordial, Purusha, qui veut dire aujourd&rsquo;hui \u00ab homme \u00bb. Selon la cosmogonie hindoue, le Purusha existait \u00e0 l\u2019\u00e9tat intemporel et immanent, baignant dans les eaux primordiales, sans forme, inagenc\u00e9, contenant tous les mondes : \u00ab <em>L&rsquo;Homme n&rsquo;est autre que cet univers, ce qui est pass\u00e9, ce qui est \u00e0 venir<\/em> \u00bb (Rig Veda, X, 90 \u2013 1). <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Pour exprimer l&rsquo;immensit\u00e9 de ce corps primordial, on le d\u00e9crit diff\u00e9remment d\u2019un corps humain : \u00ab <em>L&rsquo;Homme a mille t\u00eates, il a mille yeux,&nbsp; mille pieds. Couvrant la terre de part en part, il la d\u00e9passe encore de dix doigts.<\/em> \u00bb (Rig Veda, X, 90 \u2013 1). Quant \u00e0 \u00ab l\u2019origine \u00bb du Purusha, le Rig Veda r\u00e9pondra plus loin qu\u2019il s\u2019agit du \u00ab <em>Brahman <\/em>\u00bb, dont le sens \u00e9voluera au fil du temps et des textes pour d\u00e9signer l\u2019\u00e9nigme fondatrice, le myst\u00e8re, l\u2019informul\u00e9, le transcendant, l\u2019Absolu.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0<em>Qui a mis la forme en lui,<\/em>\u00a0<br><em>qui la taille et le nom ?\u00a0<\/em><br><em>qui en lui la d\u00e9marche ? Qui, l\u2019intelligence ?\u00a0<\/em><br><em>Qui [a mis] les pas dans l\u2019Homme ? [\u2026]<\/em>\u00a0<br><em>Qui, le r\u00e9el en lui ? Qui, l\u2019irr\u00e9el ?<\/em>\u00a0<br><em>De qui vient la mort, de qui la non-mort ?<\/em><br>(&#8230;) <br><em>R\u00e9ponse : \u00ab c\u2019est le Brahman \u00bb.<\/em> \u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Rig Veda X, 130, 1-2.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Puis, vient au Purusha le d\u00e9sir de procr\u00e9er, alors celui-ci entame une asc\u00e8se, un \u00e9chauffement, qui, par la chaleur de son d\u00e9sir, va donner lieu \u00e0 la naissance des mondes. Il est int\u00e9ressant de noter que&nbsp;l\u2019asc\u00e8se du Purusha est d\u00e9clench\u00e9e par le d\u00e9sir (\u00ab <em>kama <\/em>\u00bb), <em>kama <\/em>\u00e9tant le mot sanskrit \u00e9galement utilis\u00e9 pour parler de d\u00e9sir charnel. La cr\u00e9ation des mondes na\u00eet donc du d\u00e9sir ardent de ce corps cosmique primordial, qui va se sacrifier en se d\u00e9membrant, pour se d\u00e9ployer en diverses formes, donnant ainsi naissance \u00e0 tout ce qui existe.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>La cr\u00e9ation des mondes na\u00eet donc du d\u00e9sir ardent de ce corps cosmique primordial<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Initialement sans forme, c\u2019est par l\u2019asc\u00e8se (<em>tapas<\/em>) que le corps cosmique va se d\u00e9ployer et s\u2019organiser, et que chaque membre, chaque partie de ce corps originel va donner naissance \u00e0 chaque partie de la cr\u00e9ation : les mondes, l\u2019espace et le temps, les paroles liturgiques, les animaux, l\u2019homme, les deux grands dieux v\u00e9diques Indra et Agni, et les corps c\u00e9lestes.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"477\" data-permalink=\"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/purusha\/\" data-orig-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/purusha-e1610456966227.jpg\" data-orig-size=\"1183,717\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"purusha\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Purusha sous la forme de Vishnu, d\u00e9tail&lt;\/p&gt;\n\" data-medium-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/purusha-e1610456966227.jpg\" data-large-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/purusha-e1610456966227.jpg\" src=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/purusha-e1610456819960.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-477\" width=\"436\" height=\"608\" \/><figcaption>Purusha, repr\u00e9sent\u00e9 sous la forme de Vishnou, Jaipur, Rajasthan<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">L\u2019Hymne au Purusha du Rig Veda relie ainsi l\u2019ensemble de ce qui existe \u00e0 une origine commune initialement indiff\u00e9renci\u00e9e, et ainsi, bien que le r\u00e9el se d\u00e9ploie sous de multiples formes, l\u2019existence d\u2019un corps originel commun soutient l\u2019id\u00e9e d\u2019une coh\u00e9sion, d\u2019un lien, d\u2019une interd\u00e9pendance entre les membres de ce qui fut un jour Un. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L&rsquo;Hymne au Purusha donne ainsi litt\u00e9ralement corps \u00e0 l\u2019id\u00e9e que tout ce qui existe est partie d\u2019une m\u00eame unit\u00e9 initiale, sous-jacente \u00e0 la multiplicit\u00e9 apparente des formes.&nbsp;<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Du corps du monde au corps social<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La naissance des mondes par le d\u00e9membrement d\u2019un corps cosmique originel soutient \u00e9galement l\u2019id\u00e9e d\u2019un d\u00e9ploiement structur\u00e9, fonctionnel, interd\u00e9pendant, \u00e0 l\u2019image des organismes vivants. Ainsi, si l\u2019Hymne au Purusha d\u00e9crit la naissance d&rsquo;une foisonnante diversit\u00e9 qui se d\u00e9ploie \u00e0 partir de l\u2019Un, il raconte \u00e9galement, qu&rsquo;\u00e0 partir de l\u2019indiff\u00e9renci\u00e9, nait un monde ordonn\u00e9, hi\u00e9rarchis\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">De la bouche du Purusha naissent ainsi les brahmanes, de ses bras les guerriers, de ses cuisses les artisans, et de ses pieds les serviteurs. Le Purusha donne non seulement naissance \u00e0 l\u2019homme mais \u00e9galement \u00e0 l\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9 indienne, l\u2019assimilant \u00e0 un grand corps vivant, avec des classes&nbsp; \u00ab fonctionnelles \u00bb, les <em>varnas<\/em>, s\u00e9par\u00e9es et interd\u00e9pendantes, qui doivent coop\u00e9rer pour pouvoir permettre son bon fonctionnement, \u00e0 l\u2019image des organes du corps. Se dessine donc ici une vision \u00ab organique \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 mais aussi une vision tr\u00e8s hi\u00e9rarchis\u00e9e, car si chacune des classes a besoin de l\u2019autre pour fonctionner, certaines classes \u00e9tant issues de membres consid\u00e9r\u00e9s comme moins nobles que d\u2019autres.&nbsp; A titre d&rsquo;exemple, les serviteurs, n\u00e9s des pieds de l\u2019homme cosmique, ne peuvent aspirer \u00e0 la lib\u00e9ration du cycle des renaissances, r\u00e9serv\u00e9e aux \u00ab deux-fois n\u00e9s \u00bb (les trois autres classes).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le rite sacrificiel, garant de la coh\u00e9sion du monde<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Corps cosmique, corps humain, corps social ; l\u2019Hymne au Purusha pose les bases d\u2019une cosmogonie faite de relations entre les \u00e9l\u00e9ments du cosmos et les \u00e9l\u00e9ments de la vie humaine, de relations entre les dieux et les hommes qu\u2019il s\u2019agit d\u2019entretenir par le sacrifice afin de maintenir l\u2019ordre (\u00ab <em>dharma <\/em>\u00bb)&nbsp; du monde. En effet, ce premier auto-sacrifice, ce d\u00e9membrement, en d\u00e9ployant la pluralit\u00e9 des \u00eatres, porte le risque d\u2019une d\u00e9chirure de ce corps qui fait l\u2019unit\u00e9 du monde, d\u2019une d\u00e9sarticulation de&nbsp; ce corps primordial, d\u2019une disjonction des membres d\u2019un m\u00eame corps. Ainsi, les hommes devront participer \u00e0 la maintenance de l\u2019unit\u00e9 primordiale du monde, \u00e0 sa coh\u00e9sion, par les rites, les offrandes et les sacrifices, comme autant d\u2019\u00e9chos au sacrifice premier de Prajapati. Face \u00e0 ce d\u00e9membrement initial, le sacrifice rituel installe un mouvement qui rassemble et qui ordonne, par la voie d\u2019une relation d\u2019\u00e9change entre les hommes et les dieux v\u00e9diques. Les hommes nourrissent les dieux par les offrandes, en \u00e9change de la participation des puissances divines \u00e0 maintenir la marche et l\u2019unit\u00e9 de&nbsp; ce qui fait le corps du monde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"390\" height=\"497\" data-attachment-id=\"523\" data-permalink=\"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/myth2h-4-b\/\" data-orig-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/myth2h-4-b.jpg\" data-orig-size=\"390,497\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"myth2h-4-b\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/myth2h-4-b.jpg\" data-large-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/myth2h-4-b.jpg\" src=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/myth2h-4-b.jpg?w=390\" alt=\"\" class=\"wp-image-523\" \/><figcaption>Purusha, l&rsquo;homme cosmique<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Pour reprendre les mots d\u2019Ys\u00e9 Tardan Masquelier : \u00ab <em>Pour le Veda, [\u2026] le grand sujet de&nbsp; pr\u00e9occupation est le maintien et le renforcement du dharma, de la coh\u00e9rence interne qui fait du cosmos et des \u00eatres un \u00ab grand corps \u00bb, un ensemble organique, vivant et articul\u00e9. <\/em>\u00bb Ainsi, dans le Veda, une relation et une continuit\u00e9 est tiss\u00e9e entre les \u00e9l\u00e9ments de la cr\u00e9ation par le biais de ce&nbsp; corps originel, dont le point de contact entre les dieux et les hommes, entre le monde divin, et le monde humain, est l\u2019acte rituel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le monde du corps&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Dans le Veda, et malgr\u00e9 la continuit\u00e9 entre les diff\u00e9rentes composantes du monde instaur\u00e9e par le corps originel d\u00e9membr\u00e9 de Prajapati, les dieux \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des entit\u00e9s ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019homme. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Avec les Upanishad un renversement in\u00e9dit va s&rsquo;op\u00e9rer, dans le sens de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 humaine : int\u00e9ress\u00e9s par la souffrance des hommes, et constatant que le rite v\u00e9dique n\u2019a pas permis de l\u2019\u00e9radiquer, les penseurs des Upanishad s\u2019interrogeront sur ce qui constitue leur identit\u00e9 profonde, et par l\u00e0-m\u00eame, interrogeront le rapport des hommes au monde et au divin. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">L\u2019enseignement des Upanishad monistes (non-dualistes) invite alors \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019en chacun existe une part non-diff\u00e9rente de l\u2019Absolu, et que cette part d\u2019Absolu est cach\u00e9e dans la \u00ab <em>forteresse du corps<\/em> \u00bb (Ch\u00e2ndogya Upanishad, VIII, I, 1-5) de l\u2019homme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Pourtant cette correspondance, cette non-dualit\u00e9 entre l\u2019<em>Atman <\/em>et le <em>Brahman<\/em>, n\u2019est pas \u00e9vidente tant nous faisons l\u2019exp\u00e9rience au quotidien de la s\u00e9paration et de la multitude des formes du vivant.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Pourtant cette correspondance, cette non-dualit\u00e9 entre l\u2019<em>Atman <\/em>et le <em>Brahman<\/em>, n\u2019est pas \u00e9vidente tant nous faisons l\u2019exp\u00e9rience au quotidien de la s\u00e9paration et de la multitude des formes du vivant. Par ailleurs, le corps de l\u2019homme dans sa fragilit\u00e9, dans ses aspects brut, souffrant et mortel, pourrait faire l\u2019objet d\u2019une m\u00e9fiance, voire d\u2019un rejet dans la perspective upanishadique de la lib\u00e9ration par la&nbsp;voie de la Connaissance<sup>1<\/sup>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Et pourtant, c\u2019est \u00ab <em>dans cette forteresse du brahman qu\u2019est le corps,&nbsp; [qu\u2019]un petit lotus forme une demeure \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de laquelle r\u00e8gne un petit espace. <\/em>\u00bb proclame la Ch\u00e2ndogya Upanishad (VIII, I, 1-5). Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce lotus du c\u0153ur que les sages des Upanishad font reposer l\u2019<em>Atman<\/em>.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">En prenant appui sur l\u2019unit\u00e9 et la coh\u00e9sion entre tous les \u00e9l\u00e9ments de la cr\u00e9ation que tisse le corps originel du Purusha, anim\u00e9 par le <em>Brahman<\/em>, les Upanishad, selon le jeu qui leur est propre de mise en correspondance, placeront ainsi en miroir le corps physiologique de l\u2019homme et le corps du monde. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"610\" height=\"1589\" data-attachment-id=\"526\" data-permalink=\"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/a60c6c29bb2214c34e002e14088704de\/\" data-orig-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/a60c6c29bb2214c34e002e14088704de.jpg\" data-orig-size=\"610,1589\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"a60c6c29bb2214c34e002e14088704de\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/a60c6c29bb2214c34e002e14088704de.jpg\" data-large-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/a60c6c29bb2214c34e002e14088704de.jpg\" src=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/a60c6c29bb2214c34e002e14088704de.jpg?w=393\" alt=\"\" class=\"wp-image-526\" \/><figcaption>\u00e9quivalence du soi et de l&rsquo;univers, Rajasthan, Jodphur,1824<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Si les textes v\u00e9diques tracent ainsi le mouvement de l\u2019expansion primordiale, faisant surgir du corps cosmique du Purusha le corps du monde, les textes des Upanisad vont eux op\u00e9rer une v\u00e9ritable rupture par rapport au monde v\u00e9dique, dans lequel le corps du monde vient habiter la demeure du corps humain, le corps humain devenant alors lui aussi un cosmos int\u00e9rieur<sup>2<\/sup>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">L\u2019Aitareya Upanishad raconte ce mouvement d\u2019involution, dans lequel les divinit\u00e9s du cosmos, \u00e0 la recherche d\u2019une demeure, \u00e9lisent r\u00e9sidence dans le corps humain, apr\u00e8s avoir refus\u00e9 ceux du taureau et du cheval : \u00ab <em>[\u2026] le feu devenu parole entra dans la bouche, le vent devenu souffle entra dans les narines, le soleil devenu vision entra dans&nbsp; les yeux [\u2026] <\/em>\u00bb, et dans lequel l\u2019<em>Atman <\/em>ensuite, d\u00e9cide \u00e9galement de s\u2019introduire dans le corps de l\u2019homme. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Par ce mouvement d\u2019involution, le corps du monde, et la puissance Une qui le sous-tend, vont ainsi trouver r\u00e9sidence dans le corps m\u00eame de l\u2019homme.&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Cette correspondance entre corps de l\u2019homme et cosmos sera abondamment d\u00e9velopp\u00e9e dans les Upanishad, dessinant un autre corps pour l\u2019homme, comme en t\u00e9moigne l\u2019extrait suivant de la Ch\u00e2ndogya Upanishad : <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>\u00ab <em>Aussi vaste que l\u2019espace qu\u2019embrasse notre regard est cet espace \u00e0&nbsp; l\u2019int\u00e9rieur du c\u0153ur. L\u2019un et l\u2019autre, le ciel et la terre y sont r\u00e9unis, le feu et l\u2019air, le soleil et la lune,&nbsp; l\u2019\u00e9clair et les constellations<\/em> \u00bb. <\/p><cite>Ch\u00e2ndogya Upanishad VIII, I &#8211; 3<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce corps est habit\u00e9 par des corps c\u00e9lestes, par des souffles, anim\u00e9 du feu d\u2019Agni, irrigu\u00e9 de canaux (\u00ab <em>nadis <\/em>\u00bb), qui t\u00e9moignent d\u2019une pr\u00e9sence subtile et qui m\u00e8nent vers l\u2019espace du c\u0153ur, au centre de ce corps, l\u00e0 o\u00f9 loge l\u2019<em>Atman <\/em>: <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>\u00ab <em>C\u2019est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce c\u0153ur, auquel aboutissent, comme les rayons d\u2019une roue de chariot, tous les canaux du corps, que se trouve le Soi [\u2026]. <\/em><\/p><p><em>Ce Soi r\u00e9side dans l\u2019espace \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la ville lumineuse du brahman [\u2026] le Soi brillant et pur \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du corps [\u2026] il est l\u00e0, dans la cavit\u00e9 du c\u0153ur <\/em>\u00bb <\/p><cite>Mundaka Upanishad (II, 2, 6-7 ; III, 1, 5 et 7).<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des connexions sont d\u00e9velopp\u00e9es entre les divinit\u00e9s v\u00e9diques, les corps c\u00e9lestes, et les fonctions psycho-somatiques de l\u2019homme pour tracer un cheminement \u00e0 travers ce corps subtil, pour aller \u00e0 la rencontre de l\u2019<em>Atman<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">En t\u00e9moigne par exemple l\u2019extrait de la Brihad Aranyaka Upanishad IV, 3, 1-7 dans lequel le soleil, la lune et le feu sont autant de m\u00e9taphores pour d\u00e9signer les&nbsp; fonctions psycho-somatiques de l\u2019homme, \u00e0 travers lesquelles, par leur mise en repos, il devient possible d\u2019accueillir la \u00ab<em> lumi\u00e8re [qui] \u00e9claire ce personnage <\/em>\u00bb, l\u2019<em>Atman<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Autre exemple, le dieu Agni, associ\u00e9 par les textes v\u00e9diques au feu qui anime l\u2019autel du sacrifice, sera associ\u00e9 par les Upanishad au c\u0153ur de l\u2019\u00eatre humain, si\u00e8ge d\u2019un feu vital, qui devient une nouvelle manifestation d\u2019Agni, un nouvel autel sacrificiel, con\u00e7u cette fois comme int\u00e9rieur. Alors que le sacrifice v\u00e9dique relie l\u2019homme aux dieux ext\u00e9rieurs, les Upanishad invitent \u00e0 un sacrifice int\u00e9rieur, \u00e0 une asc\u00e8se, pour se relier \u00e0 la part divine au c\u0153ur de soi. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"880\" height=\"586\" data-attachment-id=\"533\" data-permalink=\"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/s3-v0045000_v0045842\/\" data-orig-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/s3-v0045000_v0045842.jpg\" data-orig-size=\"880,586\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"s3-v0045000_v0045842\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/s3-v0045000_v0045842.jpg\" data-large-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/s3-v0045000_v0045842.jpg\" src=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/s3-v0045000_v0045842.jpg?w=880\" alt=\"\" class=\"wp-image-533\" \/><figcaption>Neuf d\u00e9esses performant un Yaj\u00f1a, sacrifice du feu, rituel v\u00e9dique majeur, destin\u00e9 au dieu du feu Agni, gouache, 19e si\u00e8cle<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Comme Prajapati lors du premier sacrifice, c\u2019est par ce travail d\u2019\u00e9chauffement, d\u2019asc\u00e8se, que l\u2019homme va pouvoir traverser les aspects les plus&nbsp; grossiers, bruts, opaques du corps physique pour se connecter \u00e0 son corps subtil, lumineux, fait de souffles et de canaux, canaux qui tracent ce chemin vers cette parcelle d\u2019\u00e9ternit\u00e9 qui r\u00e9side en lui, dans la caverne du c\u0153ur. Le corps constitue ainsi la m\u00e9diation existentielle n\u00e9cessaire vers la connaissance m\u00e9taphysique qui lib\u00e8re<sup>3<\/sup>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab A la diff\u00e9rence des divinit\u00e9s v\u00e9diques, le Soi n\u2019est pas une entit\u00e9 diff\u00e9rente de l\u2019homme, il est son propre fond identique \u00e0 l\u2019\u00catre un, le <em>Brahman<\/em>. \u00bb<sup>4<\/sup>. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">En levant le voile sur l\u2019ignorance de l\u2019homme qui le conduit \u00e0 se consid\u00e9rer comme diff\u00e9rent de l\u2019Absolu, les Upanishad dessinent une voie de lib\u00e9ration de la souffrance des \u00eatres par la connaissance de leur v\u00e9ritable nature. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Le mythe de la cr\u00e9ation v\u00e9dique, tissant un corps originel commun entre l\u2019homme et l\u2019ensemble de la cr\u00e9ation, tous anim\u00e9s par le <em>brahman<\/em>, permet aux Upanishad de tisser un r\u00e9seau de correspondances entre le corps de l\u2019homme et le corps du monde. Par un mouvement d\u2019involution, le corps du monde, et le <em>brahman<\/em>, vont trouver r\u00e9sidence dans le corps de l\u2019homme, l\u2019ouvrant ainsi \u00e0 une nouvelle dimension de son \u00eatre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">C\u2019est par le cheminement dans ce \u00ab nouveau \u00bb corps, con\u00e7u comme un cosmos int\u00e9rieur par les Upanishad, que l\u2019\u00eatre humain pourra alors acc\u00e9der \u00e0 cette autre dimension de lui-m\u00eame. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">A l\u2019image du sacrifice ext\u00e9rieur v\u00e9dique, qui permettait aux hommes de se relier aux dieux, c\u2019est par un sacrifice int\u00e9rieur, permis par ce jeu de correspondances propres aux Upanishad et qui place d\u00e9sormais l\u2019autel sacrificiel dans le c\u0153ur de l\u2019homme, que l\u2019homme pourra acc\u00e9der \u00e0 sa lumi\u00e8re int\u00e9rieure, l\u2019<em>Atman<\/em>, elle-m\u00eame cach\u00e9e dans la caverne du c\u0153ur. Par ce sacrifice int\u00e9rieur, cet \u00e9chauffement, ce travail d\u2019asc\u00e8se et d\u2019int\u00e9riorit\u00e9, le sage des Upanishad nous invite \u00e0 traverser notre corps physique et mental, opaque et brut, qui maintient cach\u00e9 l\u2019<em>Atman<\/em>, pour cheminer \u00e0 travers notre corps subtil, double lumineux<sup>5<\/sup>du corps charnel, vers le d\u00e9voilement du Soi. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La voie de connaissance que tracent les Upanishad, loin de d\u00e9pr\u00e9cier le corps de l\u2019homme, en fait le m\u00e9diateur et le lieu incontournable de l\u2019exp\u00e9rience lib\u00e9ratrice de connaissance du Soi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ce texte est issu de mon travail universitaire pour le DU Cultures et Spiritualit\u00e9s d&rsquo;Asie<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>1<\/sup>Tardan-Masquelier, Ys\u00e9. <em>Les ma\u00eetres des Upanishads : une sagesse qui lib\u00e8re<\/em>, Editions Points, octobre 2014,\u00a0 p.93\u00a0<br><sup>2<\/sup><em>Ibid<\/em>, p.96<br><sup>3<\/sup><em>Ibid.<\/em>p. 93\u00a0<br><sup>4<\/sup>Tardan-Masquelier, Ys\u00e9. <em>Un milliard d&rsquo;hindous : Histoire croyances mutations<\/em>, Albin Michel, Edition du Kindle.<br><sup>5<\/sup>Tardan-Masquelier, Ys\u00e9. <em>Les ma\u00eetres des Upanishads : une sagesse qui lib\u00e8re<\/em>, Editions Points, octobre 2014,\u00a0 p.94<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Bibliographie&nbsp;<em>&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>PADOUX, Andr\u00e9. <em>Chapitre 5. Corps et cosmos : L\u2019image du corps du yogin tantrique <\/em>In : <em>Images du corps dans le monde hindou <\/em>[en ligne]. Paris : CNRS \u00c9ditions, 2003\u00a0<\/li><li>Tardan-Masquelier, Ys\u00e9. <em>Les ma\u00eetres des Upanishads : une sagesse qui lib\u00e8re<\/em>, Editions Points, octobre 2014\u00a0<\/li><li>Tardan-Masquelier, Ys\u00e9. <em>Un milliard d&rsquo;hindous : Histoire, croyances, mutations<\/em>, Editions Albin Michel<\/li><\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On entend souvent que le yoga est une voie d&rsquo;exploration de son \u00e9cologie int\u00e9rieure, qui tisse des correspondances entre corps de l&rsquo;homme (microcosme) et l&rsquo;univers (macrocosme), dessinant ainsi une vision cosmique du corps humain. Comment ces correspondances entre corps de l&rsquo;homme et corps du monde se sont-elles originellement tiss\u00e9es dans la pens\u00e9e indienne ? Quel r\u00f4le cela conf\u00e8re t il au corps, sur le chemin de la lib\u00e9ration ? Cet article esquisse une r\u00e9flexion sur ce sujet autour de deux corpus de textes indiens: le Veda et des Upanishads.<\/p>","protected":false},"author":196733356,"featured_media":477,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_crdt_document":"","advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"_wpas_customize_per_network":false},"categories":[57583384],"tags":[712312575,712312581,318543,362854,599737,7371],"class_list":["post-470","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-yoga-pradipika","tag-corps-du-monde","tag-corps-yogique","tag-correspondances","tag-purusha","tag-upanishad","tag-yoga"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/purusha-e1610456966227.jpg","jetpack_likes_enabled":false,"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pcwe1g-7A","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/470","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/196733356"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=470"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/470\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":559,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/470\/revisions\/559"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/477"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=470"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=470"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=470"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}