{"id":413,"date":"2020-12-15T10:09:18","date_gmt":"2020-12-15T09:09:18","guid":{"rendered":"https:\/\/cittavritti.fr\/?p=413"},"modified":"2023-06-27T11:22:44","modified_gmt":"2023-06-27T09:22:44","slug":"rencontre-colette-poggi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/rencontre-colette-poggi\/","title":{"rendered":"Rencontre avec Colette Poggi &#8211; la Bhagavad Gita ou l&rsquo;art d&rsquo;agir"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>Citta Vritti a eu la joie de rencontrer Colette Poggi, sanskritiste, indianiste, sp\u00e9cialiste du Shiva\u00efsme du Cachemire, pour parler de son livre paru le 2 d\u00e9cembre aux Editions des Equateurs , \u00ab&nbsp;La Bhagavad Gita ou l\u2019Art d\u2019Agir&nbsp;\u00bb<\/em>, <em>superbement illustr\u00e9 par Emilie Poggi<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"442\" data-permalink=\"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/vignette_krishna_flute\/\" data-orig-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/vignette_krishna_flute.jpg\" data-orig-size=\"709,709\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"vignette_krishna_flute\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/vignette_krishna_flute.jpg\" src=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/vignette_krishna_flute.jpg?w=709\" alt=\"\" class=\"wp-image-442\" width=\"303\" height=\"303\" \/><figcaption>Krishna jouant de la fl\u00fbte.<br>Illustration Emilie Poggi<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Lire \u00ab&nbsp;<em>La Bhagavad Gita&nbsp;<\/em>\u00bb de Colette Poggi, se laisser plonger dans les illustrations d&rsquo;Emilie Poggi, c\u2019est comme s\u2019abreuver \u00e0 une source d\u2019eau fra\u00eeche, \u00e0 la fois vivifiante et ressour\u00e7ante. Gr\u00e2ce \u00e0 son talent exceptionnel de conteuse, Colette nous entra\u00eene dans une lecture vivante et actuelle de ce texte sacr\u00e9 de l\u2019Inde, qui nous informe autant qu\u2019elle nous transforme. On en ressort revigor\u00e9s, pr\u00eat.e.s \u00e0 s&rsquo;engager pleinement dans le monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>Citta Vritti | Bonjour Colette, et merci infiniment d\u2019avoir accept\u00e9 cet entretien avec Citta Vritti<\/strong>. <strong>Pour nos lecteur.trice.s qui ne connaitraient pas la Bhagavad Gita, pourriez-vous resituer et introduire&nbsp;ce texte&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>Colette Poggi |<\/strong> Pour cela il me faut faire un zoom, dans le paysage g\u00e9n\u00e9ral de la pens\u00e9e indienne, un vaste univers, avec ses for\u00eats, ses lacs et ses montagnes. On verrait d\u2019abord dans ce paysage le V\u00e9da (2<sup>th<\/sup> mill\u00e9naire avant notre \u00e8re)&nbsp;, premier corpus de textes r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, capt\u00e9s et transmis par des Sages, les \u00ab&nbsp;Rishis&nbsp;\u00bb, ceux dont l\u2019\u00e2me vibre et qui captent des v\u00e9rit\u00e9s universelles en sanskrit, sous la forme d\u2019hymnes aux grandes puissances cosmiques. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Puis quelques si\u00e8cles avant notre \u00e8re, avant la Bhagavad Gita, apparaissent les Upanishad (qui signifie litt\u00e9ralement \u00ab&nbsp;enseignement spirituel&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;enseignement sur les corr\u00e9lations entre micro et macrocosme&nbsp;\u00bb), dont on appellera les sages les \u00ab <em>Muni<\/em> \u00bb, les silencieux. Ce sont ceux qui, au lieu d\u2019ext\u00e9rioriser leur \u00e9merveillement pour c\u00e9l\u00e9brer l\u2019univers comme sacr\u00e9, se tournent vers leur int\u00e9riorit\u00e9 et observent comment, en soi, cette vie cosmique peut exister.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Enfin vers le 4<sup>th<\/sup> si\u00e8cle avant notre \u00e8re, un autre courant sort de cet oc\u00e9an, non pas comme une rupture mais comme une continuit\u00e9, qui apporte un renouveau, et il s\u2019interroge sur la n\u00e9cessit\u00e9 de se retirer du monde pour faire l\u2019exp\u00e9rience spirituelle. Il se pose la question&nbsp;: y aurait il un moyen de nous accorder \u00e0 l\u2019ordre cosmique, en agissant, au c\u0153ur du monde, sans \u00eatre un&nbsp;\u00ab <em>Muni<\/em>&nbsp;\u00bb, un silencieux&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La Bhagavad Gita est ainsi un texte extraordinairement actuel, malgr\u00e9 les 24 si\u00e8cles (environ) qui nous s\u00e9parent. C\u2019est un moment qui voit un grand courant d\u00e9votionnel \u00e9merger, la <em>bhakti <\/em>(de la racine sanskrit <em>bhaj<\/em>&#8211; : \u00ab\u00a0participer \u00e0\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mettre en partage\u00a0\u00bb), une forme d\u2019effusion du c\u0153ur&nbsp;dans laquelle, au lieu de se tourner vers un Soi d\u00e9personnalis\u00e9, l\u2019Absolu des Upanishad, on va se tourner vers un Seigneur personnel, le <em>Bhagavad<\/em>,&nbsp; qui participe \u00e0 toute chose. Dans la Bhagavad Gita, il y a vraiment cette id\u00e9e de participation \u00e0 l\u2019ordre cosmique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La Bhagavad Gita n\u2019est pas un texte sacr\u00e9 au d\u00e9part. Il se situe au sein du Mahabharata, \u00e9pop\u00e9e attribu\u00e9e \u00e0 un homme mythique, Vyasa. Dans cette extraordinaire \u00e9pop\u00e9e qui raconte toute la vie, comme du Shakespeare, il y a dans le 6<sup>th<\/sup> livre, ce joyau qu\u2019est la Bhagavad Gita. Puis petit \u00e0 petit, la Bhagavad Gita a \u00e9t\u00e9 reconnue comme \u00e9tant de l\u2019ordre de la R\u00e9v\u00e9lation.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>La Bhagavad Gita commence alors que le <em>dharma<\/em>, l\u2019ordre du monde, est en p\u00e9ril, du fait de l\u2019affrontement de deux familles cousines.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La Bhagavad Gita commence alors que le <em>dharma<\/em>, l\u2019ordre du monde, est en p\u00e9ril, du fait de l\u2019affrontement de deux familles cousines. En amont du r\u00e9cit la Bhagavad Gita,&nbsp; de vaines tentatives de conciliation entre les deux familles ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es par Krishna, <em>avatara<\/em> (descente) de Vishnou, qui se manifeste aux hommes en p\u00e9riode de crise. Ainsi commence la Bhagavad Gita&nbsp;: nous sommes sur le champ de bataille, Arjuna, illustre guerrier, qui a choisi Krishna, dont il ne conna\u00eet pas encore la nature divine, pour conduire son char, lui demande de l\u2019emmener au c\u0153ur du champ de bataille, avant que celle-ci \u00e9clate. Il consid\u00e8re ceux qui sont en face de lui et l\u00e0, coup de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;! Le grand guerrier s\u2019effondre et renonce \u00e0 se battre contre ceux qui ont \u00e9t\u00e9 ses ma\u00eetres, ceux qui font partie de sa famille. Et c\u2019est l\u00e0, au milieu du champ de bataille, que Krishna va lui enseigner que son r\u00f4le est de se battre pour que le chaos, l\u2019injustice, pour que ce qui est destructeur p\u00e9risse, car si le camp adverse gagnait, au-del\u00e0 de ses ma\u00eetres, de sa famille, \u00e7a serait tout l\u2019ordre de la plan\u00e8te qui p\u00e9rirait.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"426\" data-permalink=\"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/rencontre-colette-poggi\/char_arjuna_entre_les2camps_visage_arjuna_effondre\/\" data-orig-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/char_arjuna_entre_les2camps_visage_arjuna_effondre.jpg\" data-orig-size=\"1949,2717\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"CHAR_ARJUNA_\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/char_arjuna_entre_les2camps_visage_arjuna_effondre.jpg\" src=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/char_arjuna_entre_les2camps_visage_arjuna_effondre.jpg?w=735\" alt=\"\" class=\"wp-image-426\" width=\"510\" height=\"710\" \/><figcaption>L&rsquo;effondrement d&rsquo;Arjuna sur le champ de bataille. <br>Illustration Emilie Poggi.<\/figcaption><\/figure><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>La Bhagavad Gita est un texte qui souvent d\u00e9concerte, \u00e9tonne, voire choque le lecteur occidental. On ressent de l&#8217;empathie face au d\u00e9sespoir d\u2019Arjuna, on se range \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, on le per\u00e7oit comme un objecteur de conscience, qui refuse une guerre inique. En r\u00e9ponse \u00e0 cela, Krishna lui parle d&rsquo;ordre socio-cosmique, lui dit qu\u2019il doit faire son devoir de classe, de guerrier. Ce texte peut sembler conservateur, r\u00e9actionnaire. Vous en offrez pour votre part une lecture tr\u00e8s actuelle, et tr\u00e8s humaniste, comment l\u2019expliquez-vous ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Il y a un \u00e9l\u00e9ment fondamental dans toutes les lectures de grands textes, c\u2019est le discernement \u00ab&nbsp;<em>viveka&nbsp;<\/em>\u00bb en sanskrit. C\u2019est malheureusement la loi de ces grands textes : on peut toujours r\u00e9cup\u00e9rer \u00e0 son propre profit les choses, et pourtant il faut arriver \u00e0 lire entre les lignes, entre les mailles. Par exemple, dans la Bhagavad Gita, il faut se souvenir que Krishna a essay\u00e9 de toutes les mani\u00e8res possibles en amont d\u2019\u00e9viter cette lutte fratricide, en vain. Alors, maintenant, la guerre est l\u00e0, in\u00e9vitable. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>La Bhagavad Gita interroge : comment agir ?<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La Bhagavad Gita est donc une apologie de l\u2019action, mais pas de l&rsquo;action pour le pouvoir, pas pour son propre int\u00e9r\u00eat mais de l\u2019action d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e. Il y a des moments o\u00f9 l\u2019action s\u2019impose&nbsp;: si on voit dans la rue une personne vuln\u00e9rable \u00eatre maltrait\u00e9e, doit-on se poser comme objecteur&nbsp;? N\u2019y a-t-il pas cet \u00e9lan, cette empathie qui va nous porter, quitte \u00e0 devoir se battre, pour d\u00e9fendre cette personne&nbsp;? Comme le dit Krishna, nous agissons en permanence, par le corps, par les mots, par la pens\u00e9e. La Bhagavad Gita interroge : comment agir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>Si Gandhi, auquel vous faites souvent r\u00e9f\u00e9rence, s\u2019est inspir\u00e9 de la Bhagavad Gita pour mener ses combats, son assassin lui aussi s\u2019en est r\u00e9clam\u00e9, pour d\u00e9fendre son geste<\/strong>. <strong>Alors, comment \u00eatre s\u00fbr.e qu\u2019un acte va dans le sens du <em>dharma<\/em>, de l\u2019harmonie universelle&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">C\u2019est tout le propos du yoga. Il y a cette id\u00e9e d\u2019un d\u00e9pouillement, de laisser d\u00e9canter le \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, l\u2019ego, qui, comme un rempart, nous rend opaque au monde, qui nous donne l\u2019impression qu\u2019il y a un \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb et un \u00ab&nbsp;autrui&nbsp;\u00bb, et cette alt\u00e9rit\u00e9 peut susciter une sorte d\u2019hostilit\u00e9 qui devient agressive. Dans la pens\u00e9e indienne, l\u2019ordre forc\u00e9ment \u00e0 un moment vacille, c\u2019est in\u00e9luctable. Dans l\u2019analyse qu\u2019en donnent les<em> Puranas<\/em> (textes anciens de l\u2019Inde), le ferment de ces forces de chaos, le facteur fondamental n\u2019est autre que ce \u00ab&nbsp;sens du moi&nbsp;\u00bb. Quand on essaie de d\u00e9canter ce \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, qui emp\u00eache toute osmose avec le milieu, ce qui reste c\u2019est le \u00ab&nbsp;je suis&nbsp;\u00bb, <em>aham<\/em>. Il y a comme une transparence de ce \u00ab&nbsp;je suis&nbsp;\u00bb, avec l\u2019essence, le Soi. A ce moment l\u00e0, l\u2019\u00catre s\u2019int\u00e8gre dans la trame cosmique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"427\" data-permalink=\"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/rencontre-colette-poggi\/trois_etapes_toupies\/\" data-orig-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/trois_etapes_toupies.jpg\" data-orig-size=\"1949,2717\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"TROIS_ETAPES_TOUPIES\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/trois_etapes_toupies.jpg\" src=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/trois_etapes_toupies.jpg?w=735\" alt=\"\" class=\"wp-image-427\" width=\"487\" height=\"678\" \/><figcaption>Au fil du temps, le dharma, l&rsquo;ordre du monde, in\u00e9luctablement, vacille.<br>Illustration Emilie Poggi<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>2000 ans nous s\u00e9parent de la Bhagavad Gita, et pourtant on sent chez vous une certaine urgence, une certaine n\u00e9cessit\u00e9 dans l\u2019\u00e9criture de cet ouvrage, de rendre le texte plus accessible. En quoi ce texte vous semble t il d\u2019actualit\u00e9&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">J\u2019ai toujours eu \u00e0 c\u0153ur de ne pas propose de discours sur, mais de permettre aux personnes int\u00e9ress\u00e9es par la pratique et par la th\u00e9orie du yoga de se mettre en contact avec les textes. Pour bien comprendre les textes, il faut mettre en lien les mots cl\u00e9s avec leur \u00e9tymologie, et ce travail lib\u00e8re d\u00e9j\u00e0 d\u2019un grand poids&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Ce texte me semble d\u2019une actualit\u00e9 br\u00fblante. Il y a une sorte de d\u00e9sob\u00e9issance cr\u00e9atrice en ce moment car c\u2019est indispensable. &nbsp;Il y a des h\u00e9ros, des <em>vira<\/em>, qui ont une audace, une force d\u2019\u00e2me, qui ne fl\u00e9chissent pas devant la norme. Il faut sentir vibrer en soi cette intention de l\u2019agir juste quel que soit ce qu\u2019on nous impose. Arjuna et Krishna, c\u2019est nous. Nous avons en nous ces deux dimensions&nbsp;: ce qui peut s\u2019effondrer en nous, conna\u00eetre le d\u00e9sespoir, et une voix plus profonde qui nous donne une orientation. Il y a dans la Bhagavad Gita, mais aussi dans le Shiva\u00efsme du Cachemire, cette id\u00e9e, que l\u2019action et la contemplation ne sont pas oppos\u00e9es, et l\u2019une nourrit l\u2019autre. Et que si l\u2019action est nourrie par cette vie int\u00e9rieure, elle n\u2019en sera que plus juste et efficiente. Il y a cette id\u00e9e d\u2019efficience, c&rsquo;est \u00e0 dire, d\u2019accomplir une action d\u2019une mani\u00e8re \u00e0 la fois tr\u00e8s centr\u00e9e, \u00e7a doit partir de l\u2019\u00eatre profond, et en m\u00eame temps tr\u00e8s ouverte, car elle est faite pour le bienfait d\u2019autrui.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Il y a dans la Bhagavad Gita cette id\u00e9e, que l\u2019action et la contemplation ne sont pas oppos\u00e9es : l\u2019une nourrit l\u2019autre. Si l\u2019action est nourrie par cette vie int\u00e9rieure, elle n\u2019en sera que plus juste et efficiente.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"440\" data-permalink=\"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/femmes_chipko_arbre\/\" data-orig-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/femmes_chipko_arbre.jpg\" data-orig-size=\"1949,2717\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"femmes_chipko_arbre\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/femmes_chipko_arbre.jpg\" src=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/femmes_chipko_arbre.jpg?w=735\" alt=\"\" class=\"wp-image-440\" width=\"509\" height=\"709\" \/><figcaption>Les femmes indiennes de ma tribu Chipko entourant un arbre pour emp\u00eacher son abattage. <br>Illustration Emilie Poggi<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>Dans notre soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la qu\u00eate de sens semble \u00eatre un questionnement pressant, la Bhagavad Gita aborde la question du <em>svadharma<\/em>, de la vocation profonde de chacun. Comment reconna\u00eetre son <em>svadharma&nbsp;<\/em>?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Il faudrait \u00eatre toujours au plus pr\u00e8s de la petite note int\u00e9rieure qui nous parle, l\u2019\u00e9couter. Parfois on ne peut pas tout de suite la suivre, mais essayer d\u2019entendre en soi cette voix, qui n\u2019est pas celle de la parole interm\u00e9diaire, des pens\u00e9es, mais une voix plus profonde, qu\u2019on appelle <em>Pashyanti<\/em>, \u00ab&nbsp;celle qui voit&nbsp;\u00bb, cette intelligence intuitive, qui sans cesse se rappelle \u00e0 nous. Et parfois, si on ne suit pas cela, on n\u2019est pas dans \u00ab&nbsp;<em>Yuj&nbsp;\u00bb <\/em>(\u00ab&nbsp;se relier&nbsp;\u00bb), mais dans \u00ab&nbsp;<em>Ruj<\/em> \u00ab&nbsp;(d\u2019o\u00f9 vient notre mot \u00ab&nbsp;rompre&nbsp;\u00bb, mais aussi maladie, souffrance, du corps comme de l\u2019\u00e2me). Il faut \u00eatre attentif aux petits signes de la vie, et ne jamais renoncer, ne jamais renier ce que l\u2019on est. &nbsp;Et si on doute, bravo ! Moi je trouve que le doute c\u2019est formidable&nbsp;! C\u2019est ce que fait Arjuna&nbsp;au d\u00e9but : il se permet de douter, il va dans l\u2019entre-deux. Il doute, il voit, il fait l\u2019exp\u00e9rience, et de l\u00e0, c\u2019est l\u2019effondrement. Mais c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 cela qu\u2019il se rel\u00e8ve. Gr\u00e2ce \u00e0 \u00e7a, et \u00e0 la parole de Krishna, \u00e0 laquelle il reste ouvert. Si Arjuna et Krishna sont consid\u00e9r\u00e9s comme deux \u00e9l\u00e9ments de notre propre personne, la Bhagavad Gita nous enseigne qu\u2019il faut rester ouvert \u00e0 ce sentiment interne qui s\u2019impose \u00e0 nous, et c\u2019est souvent dans cet inattendu que la destin\u00e9e peut, sinon s\u2019accomplir, du moins ouvrir un sillage.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Il faut \u00eatre attentif aux petits signes de la vie, et ne jamais renoncer, ne jamais renier ce que l\u2019on est !<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>Le chemin spirituel d&rsquo;Arjuna commence ainsi par un effondrement sur un champ de bataille.<\/strong> <strong>Selon vous, le chemin spirituel commence-t-il forc\u00e9ment par une d\u00e9faillance, par un effondrement int\u00e9rieur ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Rarissimes sont les \u00eatres qui sont d\u2019embl\u00e9e ajust\u00e9s&nbsp;; sur Terre, nous sommes \u00e0 la fois <em>su-kha<\/em> and <em>du-kha<\/em>&nbsp;; bien reli\u00e9s au centre et en m\u00eame temps, disjoints. C\u2019est parce que l\u2019\u00eatre humain a ces deux polarit\u00e9s en lui qu\u2019il cherche la lib\u00e9ration. C\u2019est souvent la sensation de ce manque, de cette dysharmonie, de cette insatisfaction, parfois inexprimable, inexplicable, qui donne l\u2019impulsion pour se mettre en mouvement. A un moment donn\u00e9, la crise cr\u00e9e une br\u00e8che et on voit qu\u2019autre chose est possible. Il faut avoir aupr\u00e8s de soi un ma\u00eetre, capable de mettre en mouvement la vie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi. Il y a un mot cl\u00e9&nbsp;: se mettre en chemin,<em> marga. <\/em>A mon sens, le sel de la vie, c\u2019est la recherche et la rencontre&nbsp;! Et en s\u2019ouvrant aux autres, on retisse cette trame d\u2019interconnexion, qui est la vie.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"434\" data-permalink=\"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/emerveillement_soleil_levant-1\/\" data-orig-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/emerveillement_soleil_levant-1.jpg\" data-orig-size=\"1949,2717\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"emerveillement_soleil_levant-1\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/emerveillement_soleil_levant-1.jpg\" src=\"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/emerveillement_soleil_levant-1.jpg?w=735\" alt=\"\" class=\"wp-image-434\" width=\"532\" height=\"741\" \/><figcaption>Emerveillement devant le soleil levant. <br>Illustration Emilie Poggi<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Merci \u00e0 Colette Poggi pour l&rsquo;entretien, \u00e0 Emilie Poggi pour les illustrations, et aux Editions des Equateurs d&rsquo;avoir permis cette rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px;\"><em>La Bhagavad Gita ou l&rsquo;Art d&rsquo;Agir<\/em>, Colette Poggi et Emilie Poggi, Editions des Equateurs, 2020, 22 euros.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lire \u00ab La Bhagavad Gita \u00bb de Colette Poggi, se laisser plonger dans les illustrations d&rsquo;Emilie Poggi, c\u2019est comme s\u2019abreuver \u00e0 une source d\u2019eau fra\u00eeche, \u00e0 la fois vivifiante et ressour\u00e7ante. Gr\u00e2ce \u00e0 son talent exceptionnel de conteuse, Colette nous entra\u00eene dans une lecture vivante et actuelle de ce texte sacr\u00e9 de l\u2019Inde, qui informe autant qu\u2019elle nous transforme. On en ressort revigor\u00e9s, pr\u00eat.e.s \u00e0 s&rsquo;engager pleinement dans le monde.<\/p>","protected":false},"author":196733356,"featured_media":431,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"{title}\n\n{excerpt}\n\n{url}","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"_wpas_customize_per_network":false,"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[762340776],"tags":[3744218,402253,110101,2948994],"class_list":["post-413","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-jnana-les-entretiens","tag-bhagavad-fr","tag-colette","tag-gita","tag-poggi"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/cittavritti.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/equateurs2012_labhagavadgitaoulartdagir.jpg","jetpack_likes_enabled":false,"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pcwe1g-6F","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/413","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/196733356"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=413"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/413\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":446,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/413\/revisions\/446"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/431"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=413"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=413"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cittavritti.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=413"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}